Je suis arrivé à Alger au petit matin, un dimanche de juillet 1959. Le navire sur lequel j’avais traversé la Méditerranée s’appelait le « Ville d’Alger » et il faisait régulièrement le service entre Marseille et la capitale algérienne. Il avait été réquisitionné par le gouvernement français pour transporter les troupes qui allaient combattre en Algérie durant une longue et atroce guerre coloniale. J’avais terminé mes classes à l’École militaire de M… et en étais sorti avec le grade d’aspirant.
Du pont du navire, accoudé au bastingage, et sur le coup de cinq heures du matin, alors que les premières lueurs de l’aube commençaient à se dessiner dans le ciel mauve et vermillon, je fus frappé par la beauté un peu étrange et mystérieuse de cette ville. Alger, dans la gloire du jour naissant, m’avait déjà envoûté… Je regardais presque fixement ces innombrables maisons blanches posées à même la colline qui dégringolait tout doucement vers la mer. Au bord de l’eau, je pouvais voir des rochers de porphyre rouge et rose plongés dans le bleu sombre et presque noir de la mer.
« Pierre, à quoi rêves-tu ? Tu sembles tellement absorbé par cette ville d’Alger ! Que regardes-tu et à quoi penses-tu ? Ce n’est pas un voyage d’agrément que nous allons faire toi et moi, mais la guerre, j’en ai peur ! Après tout, nous sommes militaires, n’est-il pas vrai ? »
mardi 24 mai 2011
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